Rapport Pinczon du Sel

Après la seconde guerre mondiale, le service des armées s’est intéressé au Mur de l’Atlantique et à l’ensemble des constructions réalisées par les allemands. Il en a tiré un inventaire qui se voulait relativement précis, même si aujourd’hui il est souvent décrié. Nombre d’imperfection et imprécisions qui l’émaillent ne peuvent masquer toutefois l’ampleur du travail qui a été réalisé et son importance historique.

Le but de se travail, débuté en 1944 par la collecte des archives allemandes, n’est pas du tout archéologique. L’amiral Lemonnier, chef d’État-Major général de la Marine, se projette sur un éventuel futur conflit et souhaite donc prendre en compte ce patrimoine militaire comme une véritable prise de guerre pouvant le cas échéant être réutilisé.

Un organisme est créé dans l’armée, « la Commission de classement des ouvrages militaires construits en France durant les hostilités » (elle changera ensuite plusieurs fois de nom) pour parvenir à un inventaire précis des ouvrages récupérables et à entretenir.

Conservé au Service Historique de la Défense (SHD) de Vincennes, le rapport Pinczon du Sel (ou rapport Seyeux-Delpeuc’h) présente un inventaire chiffré, une cartographie approximative des régions et des positions déployées ainsi que des relevés photographiques. Cette docume

Ce qui est désigné comme rapport Pinczon du Sel ne correspond dans les fait qu’à une partie de l’inventaire de la commission devenue entre temps « La Commission de classement des ouvrages ex-allemands ». Deux sous groupes couvrent chacun un périmètre du territoire national.

  • la zone côtière (rapport Pinczon du Sel) réalisée par la sous-commission des ouvrages de côte gérée par le Ministère de la Marine
  • l’intérieur par la sous-commission de classement des ouvrages militaires de l’Intérieur dépendant de l’Inspection du Génie

De nombreux conflits de responsabilité devront être gérés par l’Etat Major en particulier sur la zone de responsabilité de chacune des sous-commissions en particulier sur des zones proches des grands fleuves dépendant du domaine maritime. En 1946, chacune reçu la zone précise à couvrir. La rédaction et la collecte des informations se déroule de 1946 à 1949.

L’établissement du rapport d’inscrit dans un contexte de reconstruction de la France où les priorités sont avant tout économiques. Les enquêteurs vont se heurter aussi bien à des difficultés pour recueillir des informations qu’à des problématiques techniques comme le déminage des côtes qui est nécessaire pour permettre leur accès. Les nombreux pillages qui ont débuté à la débâcle allemande vont conduire à un déclassement automatique des ouvrages rendus totalement inutilisables.

Contenu du rapport Pinczon du Sel et accès

Le rapport se découvre en plusieurs livrets qui contiennent non seulement des plans et des descriptions visuelles mais aussi un certain nombre de description historiques. La densité de ses livrets est assez variables puisque rien qu’en Bretagne on en compte deux. Ces livrets imposent une lecture croisée puisque textes, plans et photographies se font mutuellement références. Les livrets occupent environ 1,25 mètre linéaire (ml).

  • Livre I : généralités
  • Livre II : La côte de la Manche, De la Frontière Belge à la Seine
  • Livre III : De la côte de la Manche au Mont Saint-Michel
  • Livre IV : Du Mont Saint-Michel à la Laita
  • Livre V : De la Laita à la Baie de Bourgneuf
  • Livre VI : La côte Atlantique de la Baie de Bourgneuf à la Gironde
  • Livre VII : La côte Atlantique de la Gironde à la Bidassoa
  • Livre VIII : de la frontière italienne au Rhône
  • Livre IX : du Rhône à la frontière espagnole
  • Livre X : catalogue général des constructions allemandes sur les côtes de France

L’ensemble des livrets originaux ont été dupliqués pour leur préservation et ce sont les copies, dont il manque quelques documents, qui sont accessibles du public. On en retrouve une structure très proche.

Exemple de plan d’une position (ici AR31)

L’intérêt de ce rapport reste avant tout sa facilité de prise en main et de compréhension. Il s’agit d’une vision finalement assez réaliste de la situation des constructions allemandes à la sortie de la guerre. Pour autant la nomenclature reste cependant très éloignée de la nomenclature allemande (Regelbauten). La description ne prend pas en compte les spécificités de l’organisation allemande (et notamment le découpage entre trois armées différentes), passe sous silences certaines informations liées à des sites qui pourraient être réutilisées opérationnellement, et patit dans certains cas de la méconnaissance des différences entre le système défensif allemand et celui mis en place en France.

Ces documents sont encore aujourd’hui une base de recherche pour approfondir le sujet avec nos outils modernes.

Le rapport est aujourd’hui accessible sur rendez-vous aux Services Historique de la Marine de Vincennes. Les autres subdivision du SHD ne disposent que des documents relatifs à leur zone. Peu de documents sont disponibles en ligne mais l’ensemble est libre de droit.

Valeur du contenu du rapport

Quand on prend en main le rapport, son intérêt saute immédiatement aux yeux. Non seulement sur les ouvrages qui existent encore aujourd’hui mais partout où les aménagements modernes ont gommé ces anciennes construction, les détails sont parfois précieux. Toutefois depuis la mise en ligne d’un fond de photographiques aériennes anciennes (depuis 1919 sur certaines portions du territoire) sur le site gouvernemental du Ministère de l’équipement Géoportail, il faut se rendre à l’évidence. Le rapport montre encore aujourd’hui des détails indisponibles ailleurs bien que souvent très imprécis et émaillé d’erreurs. A certains endroit les positions des ouvrages ne sont pas conformes à la réalité et sur d’autres sont simplement des ouvrages français. Mais au fond, nous avons aujourd’hui de nombreux autres fonds d’archives qui permettent de le compléter et de le corriger.

Les erreurs qu’on retrouve dans ce rapport s’expliquent par la méthode utilisée. Les relevés au sol ont été réalisés par une armada d’enquêteurs, tous n’étant pas formés à cet exercice ni n’ayant les mêmes moyens pour réaliser leurs relevés. Nombreux ont relevé des informations en gardant un point de vue militaire français et donc non transposable à la science défensive allemande. C’est pour cela qu’on y trouve des ouvrages parfois insignifiants juxtaposés à d’autres d’une importance capitale pour l’armée. Ce sont ainsi environ 15.000 ouvrages qui sont identifiés dont 4000 majeurs.

La valeur historique de ce rapport n’est pas à remettre en question. Il constitue encore aujourd’hui, une vraie mémoire d’alors et une base documentaire qui constitue une base de recherche indéniable. Les photographies qu’on y retrouve suffisent pour y trouver une valeur.

Bibliographie

Série Doc Mur de l’Atlantique, SHD, 2015 : https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/sites/default/files/notices_files/20160107_DAD-DMN_IR2DOC.pdf

You may also like...

2 Responses

  1. 13 décembre 2020

    […] du Mur de l’Atlantique pour son propre compte. Il demande la réalisation d’un rapport, le rapport Pinczon du Sel, pour inventoriez d’ensemble de ses infrastructures. Il sera réalisé entre 1946 et […]

  2. 13 décembre 2020

    […] Plan (Rapport Pinczon du Sel) […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *